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Adapter le travail au changement climatique

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Adapter le travail au changement climatique

Le 24 juin dernier, la France a connu la journée la plus chaude jamais enregistrée de son histoire. Si ces épisodes de chaleur extrême sont désormais largement documentés par les climatologues, leurs conséquences sur le monde du travail restent encore sous-estimées. Pourtant, les travaux de France Stratégie, de l’INRS, de l’Anses, du Conseil économique, social et environnemental (CESE), de l’ANACT ou encore de l’Organisation internationale du Travail (OIT) convergent : le changement climatique ne constitue plus seulement un enjeu environnemental. Il devient un déterminant majeur des conditions de travail, de la santé des salariés, de la performance des organisations et, plus largement, des modèles de management.

1. Le changement climatique est devenu un risque professionnel majeur

Une exposition déjà massive et inégalement répartie

Aujourd’hui, selon les chiffres de France Stratégie, entre 14 % et 36 % des travailleurs sont exposés à la chaleur dans le cadre de leur activité professionnelle. Cette fourchette témoigne de la diversité des situations de travail et souligne le fait que le réchauffement climatique n’affectera pas tous les salariés de la même manière. Dans le même temps, ce chiffre témoigne que le phénomène ne concerne plus uniquement quelques professions exercées en extérieur, mais s’étend à davantage de secteurs d’activité.

Les projections montrent également une forte concentration géographique des risques liés à la chaleur. En effet, certains territoires sont plus exposés aux conséquences du réchauffement climatique et les 30 zones d’emploi qui connaîtront les plus fortes anomalies de chaleur se situent principalement en Provence-Alpes-Côte d’Azur, en Occitanie et dans les zones montagneuses d’Auvergne-Rhône-Alpes. À elles seules, ces zones regroupent près de 7 % des travailleurs de France métropolitaine.

Mais cette vulnérabilité est également professionnelle. France Stratégie identifie 23 métiers particulièrement exposés au changement climatique. Parmi eux figurent notamment les agriculteurs, les ouvriers du bâtiment et des travaux publics, les couvreurs, les maçons, les jardiniers-paysagistes, les cuisiniers, les aides à domicile, les ouvriers des industries, ou encore certains métiers de la logistique et de la maintenance. Si les métiers exercés en extérieur apparaissent naturellement les plus vulnérables, de nombreuses activités réalisées en entrepôts, ateliers ou cuisines sont, elles aussi, concernées.

Le changement climatique agit comme un multiplicateur de risques

Les travaux de l’INRS et de l’Anses montrent que la chaleur agit comme un facteur aggravant de nombreux risques professionnels déjà existants. Les épisodes de fortes chaleurs, de plus en plus fréquents, en constituent aujourd’hui la manifestation la plus visible.

L’augmentation des températures entraîne une fatigue plus importante, une diminution de la vigilance et des capacités de concentration, augmentant mécaniquement le risque d’accidents du travail. À cela s’ajoutent des effets sanitaires plus complexes : modification des risques cardiovasculaires, altération de l’absorption et de l’élimination de certaines substances toxiques, ou encore développement de bactéries et de mycotoxines dans certains environnements professionnels, notamment dans les secteurs agricoles ou de la gestion des déchets.

Mais les impacts du changement climatique dépassent la seule question de la chaleur. L’intensification des épisodes pluvieux, des inondations, des crues ou encore la diminution de l’enneigement modifient également les conditions de travail de nombreux secteurs, de l’agriculture au tourisme de montagne.

L’émergence de nouveaux risques psychosociaux

Dans son analyse consacrée au travail et aux transitions écologiques, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) souligne que le dérèglement climatique s’accompagne de l’émergence de nouveaux risques psychosociaux.

L’éco-anxiété, les tensions liées au sens du travail ou encore les arbitrages entre impératifs économiques et exigences environnementales deviennent des réalités professionnelles. Les salariés sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur l’impact environnemental de leur activité, sur les contradictions entre les objectifs qui leur sont assignés au sein de leur emploi et les impératifs climatiques, ou encore sur la responsabilité de leur entreprise dans la transition écologique. En effet, selon le CESE, 80 % des salariés se sentent concernés à titre personnel par les sujets environnementaux, 70% affirment que le dérèglement climatique peut affecter la santé des salariés et 40,6 % ressentent même de l’anxiété relative aux changements environnementaux.

Dès lors, le changement climatique transforme non seulement les conditions matérielles du travail, mais aussi son vécu, sa signification et les attentes des collaborateurs vis-à-vis de leur employeur.

2. Au-delà de la chaleur, le climat transforme le rapport au travail

De la responsabilité individuelle à la transformation des organisations

Pendant longtemps, les entreprises ont principalement abordé les enjeux environnementaux sous l’angle des comportements individuels : réduction des déchets, sobriété énergétique ou écogestes. Or, comme le rappelle l’ANACT, « le travail est la pierre angulaire des transitions ». Les enjeux climatiques interrogent désormais la manière même dont le travail est conçu, organisé et réalisé.

Cette évolution est d’ailleurs déjà inscrite dans le droit. Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, les Comités sociaux et économiques (CSE) doivent être informés et consultés sur les stratégies environnementales de l’entreprise. Cette évolution normative est l’illustration que la transition écologique n’est plus uniquement une affaire de responsabilité individuelle.

De plus, cette dynamique est renforcée par le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC 3), qui prévoit 52 mesures déclinées en plus de 200 actions afin de préparer la France aux conséquences du dérèglement climatique. Si certaines mesures concernent plus spécifiquement des filières particulièrement exposées, comme le tourisme, l’agroalimentaire ou encore l’industrie, le plan vise plus largement à accompagner l’ensemble des secteurs économiques dans l’intégration des enjeux d’adaptation à leur stratégie. À ce titre, les branches professionnelles et leurs fédérations peuvent par exemple être chargées de diffuser des outils, des guides de sensibilisation et des retours d’expérience afin d’aider les entreprises à mieux appréhender les risques climatiques et à élaborer leur propre stratégie d’adaptation.

Repenser l’organisation du travail face aux risques climatiques : un enjeu de résilience économique

Face à l’augmentation des vagues de chaleur, les entreprises sont amenées à repenser les rythmes de travail, l’aménagement des espaces, les politiques de prévention, les modalités de management, les plans de continuité d’activité et, plus largement, leur capacité à intégrer le risque climatique dans leurs décisions stratégiques. Cette adaptation ne relève plus de mesures ponctuelles mises en œuvre lors des épisodes de canicule ; elle s’inscrit dans une transformation durable de l’organisation du travail.

Néanmoins, les pratiques en entreprise peinent encore à suivre cette évolution. Selon une étude de Sextant Expertise, seuls 8 % des accords analysés proposent une adaptation complète des conditions de travail aux fortes chaleurs. Par ailleurs, l’industrie manufacturière apparaît comme le secteur le plus avancé (38 % des accords recensés) tandis que d’autres secteurs plus exposés, tels que l’agriculture et la construction, demeurent sous-représentés.

Cette transformation constitue également un enjeu économique majeur puisque selon l’Organisation internationale du Travail, le stress thermique pourrait entraîner, d’ici 2030, une perte de 2,2 % du volume mondial d’heures travaillées dans le monde, soit l’équivalent de 80 millions d’emplois à temps plein et près de 2 400 milliards de dollars de PIB mondial. L’adaptation au changement climatique ne relève donc plus uniquement de la prévention des risques ou de la responsabilité sociétale des entreprises : elle devient une condition essentielle de leur résilience économique et de leur capacité à maintenir durablement leur activité dans un contexte climatique de plus en plus contraint.

Vers de nouvelles formes d’organisation

S’adapter aux conséquences du réchauffement climatique passera aussi par l’adaptation du travail. L’enjeu est de parvenir à concevoir des organisations capables de fonctionner durablement dans un environnement où les contraintes climatiques deviennent structurelles.

Dans cette perspective, les travaux du Céreq montrent que cette transformation ne se limite pas à « verdir » les entreprises au travers d’initiatives en faveur de la décarbonation de leurs activités. Elle implique une écologisation du travail lui-même, qui se traduit par une évolution des compétences, une transformation des gestes professionnels et une évolution des activités quotidiennes. A partir d’études menées dans le secteur du BTP, il apparait que les adaptations les plus efficaces émergent de l’expérience et des savoir-faire développés par les salariés confrontés à ces contraintes environnementales.

Cette évolution redéfinit aussi la gouvernance des organisations. En effet, puisque les enjeux climatiques interrogent l’évolution des métiers, des compétences et des conditions de travail, ils deviennent progressivement l’objet du dialogue social.

En ce sens, le Céreq ouvre plusieurs pistes : intégrer les enjeux climatiques dans la gestion des compétences, associer davantage les salariés aux transformations organisationnelles, repenser les conditions de travail à l’aune des risques climatiques et faire du dialogue social un levier central de l’adaptation des entreprises.

 

Dans cette perspective, le cabinet KYU accompagne les entreprises à l’intégration des enjeux liés au changement climatique dans leur démarche de GEPP et à la mise en œuvre d’une démarche de QVCT adaptée. Il accompagne également les branches professionnelles et les fédérations à l’anticipation des transitions sur les métiers et les compétences et à la construction d’outils de sensibilisation.

Sources :

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