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Risque Politique : d’une exposition subie à un levier stratégique

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Risque Politique : d’une exposition subie à un levier stratégique

La multiplication des conflits prolongés, la montée des rivalités de puissances, l’extension des régimes de sanctions ou encore les instabilités domestiques croissantes observés au cours des dernières années traduisent l’émergence d’un nouvel environnement international dans lequel les États réaffirment leurs stratégies de souveraineté.

Les instruments publics – législatifs, réglementaires, fiscaux, douaniers ou financiers – sont de plus en plus mobilisés comme leviers assumés de souveraineté, démontrant une extension de la notion bien au-delà du seul contrôle territorial. L’exercice de la souveraineté s’exprime de manière croissante sur le plan économique et industriel, dans la capacité des États à définir, modifier ou restreindre les règles d’accès au marché, de détention d’actifs et de circulation des capitaux.

Cette évolution a une conséquence directe pour les entreprises opérant à l’international : la stabilité juridique et financière de leurs investissements dépend désormais également de décisions souveraines et unilatérales. Révision des politiques d’investissement, contrôles des changes, restrictions sectorielles, remise en cause d’accords commerciaux… Ces réorientations modifient concrètement l’accès aux marchés, les conditions d’exportation, les chaînes d’approvisionnement et les politiques industrielles des groupes internationaux. Une décision gouvernementale peut retarder un projet, suspendre un transfert de dividendes, invalider une licence ou remettre en cause un contrat public. La continuité opérationnelle et la visibilité financière peuvent être affectées sans qu’aucun dommage matériel ne survienne.

Entre 2022 et 2025, plusieurs groupes internationaux – notamment Orano au Niger, Air Liquide au Mexique ou encore Danone et Auchan en Russie – ont été confrontés à des décisions étatiques modifiant profondément les conditions d’exploitation ou de détention d’actifs locaux. Au-delà de ces cas médiatisés, de nombreux contrats export, concessions ou licences, ont subi des évolutions réglementaires ou politiques affectant leur exécution ou leur rentabilité. Pour les secteurs capitalistiques ou stratégiques – énergie, infrastructures, industrie lourde – cette exposition tend désormais à devenir structurelle.

Ce risque, qualifié de « risque politique », désigne les situations dans lesquelles une décision souveraine – législative, réglementaire ou administrative – entraîne une perte financière en affectant la propriété d’un actif, la capacité à transférer des fonds ou l’exécution d’un engagement contractuel. Il se distingue d’un événement violent ou d’un dommage matériel : il résulte d’un acte étatique modifiant unilatéralement les règles du jeu économique.

En 2026, la confrontation géopolitique est classée en tête des risques mondiaux identifiés à court terme dans le Global Risks Report publié à l’occasion du forum de Davos. Dans le même temps, le Baromètre du Risque Géopolitique de l’AMRAE indique que 92 % des entreprises consultées discutent du risque géopolitique au sein de leurs organes de gouvernance et que 82 % l’intègrent dans leur cartographie. Pourtant, seules 5 % déclarent avoir formé leurs équipes à sa gestion.

La conscience stratégique progresse plus vite que les capacités opérationnelles. Dans de nombreuses organisations, le risque politique est examiné au niveau central, sans être pleinement intégré aux processus d’investissement, de contractualisation ou de structuration financière. Au niveau opérationnel, les équipes peinent à identifier, formaliser et consolider les vulnérabilités tant elles sont multiples et mouvantes. Or, sans structuration méthodique d’une exposition au risque, il est difficile de le piloter, de l’arbitrer et d’identifier les leviers de maîtrise adaptés.

Parmi ces leviers, le transfert assurantiel constitue un outil structurant qui suscite l’intérêt des entreprises. Dans un contexte de restructuration du commerce mondial, ce type d’assurance révèle en effet son potentiel de levier stratégique, permettant aux entreprises de tirer parti de la volatilité et de continuer à saisir les opportunités.

Complémentaires des garanties VPT (Violences Politiques et Terrorisme), qui répondent à un choc physique, ces assurances visent à sécuriser les conséquences financières d’une décision étatique sans dommage matériel. Les garanties CEND (Confiscation, Expropriation, Nationalisation, Dépossession) protègent le capital investi ; les garanties CI/NT (Contract Interruption / Non Transfer) sécurisent les flux financiers et l’exécution des contrats ; les solutions « Single Risk » permettent enfin de couvrir un projet spécifique.

Si le marché des assurances Risques Politiques reste relativement stable, l’accès aux capacités et à des conditions optimales dépend étroitement du risque et de la qualité de son analyse et de sa présentation.

Dans ce contexte, le Risk Manager joue un rôle central dans la structuration et la professionnalisation de la gestion des risques politiques. Trois leviers apparaissent déterminants :

  • Cartographier les expositions : pour définir les besoins, le Risk Manager doit identifier et qualifier les expositions. La cartographie des risques devient alors un outil stratégique permettant d’identifier les scénarios critiques, d’en évaluer la probabilité et d’en objectiver les impacts. Le Risk Manager doit identifier les dépendances aux décisions souveraines (actifs exposés, licences et contrats dépendant d’autorisations gouvernementales, flux financiers soumis à contrôle des changes, dépendances critiques au sein de la chaîne de valeur…). Une cartographie dédiée peut être mise en place pour distinguer les expositions (pays, financières, contractuelles…) et intégrer une évaluation quantitative des impacts potentiels,
  • Structurer et formaliser la donnée : la mise en place d’un programme Risques Politiques nécessite de disposer de données consolidées et documentées relatives aux expositions. Les assureurs analysent notamment les structures de détention, les valeurs nettes d’investissement, la nature des contreparties contractuelles et la répartition géographique des expositions. Cette exigence conduit le Risk Manager à clarifier et à consolider des éléments parfois non immédiatement disponibles, qui constitueront la base d’indemnisation en cas de sinistre et peuvent permettre d’objectiver la matérialité financière des expositions souveraines afin d’éclairer les arbitrages stratégiques,
  • Challenger les dispositifs en place : dans un marché de l’assurance et du courtage relativement stable mais en constante évolution, la remise en concurrence régulière des programmes Risques Politiques ne constitue pas uniquement un levier d’optimisation budgétaire. Elle permet d’identifier des innovations de marché, d’explorer de nouvelles structurations et d’ajuster les programmes à l’évolution des expositions. Les opportunités existent, en particulier pour les entreprises capables de documenter finement leurs risques et de démontrer la solidité de leur gouvernance.

KYU accompagne les directions Risk Management pour inscrire les risques géopolitiques et politiques comme un enjeu stratégique pleinement compris et canalisé par leur COMEX. Notre soutien couvre la cartographie approfondie des expositions, la structuration des données critiques, la revue des dispositifs existants et le déploiement de nouvelles solutions pour sécuriser les opérations et renforcer la robustesse et l’adéquation des programmes d’assurances.

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