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Jeux olympiques & paralympiques : quelles créations d’emplois et quel impact durable pour les territoires ?

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Jeux olympiques & paralympiques : quelles créations d’emplois et quel impact durable pour les territoires ?

Jeux olympiques & paralympiques : quelles créations d’emplois et quel impact durable pour les territoires ?

La tenue de Grands Evènements Internationaux (GEI) implique un besoin important en main d’œuvre. Les Jeux Olympiques & Paralympiques rentrent dans cette catégorie : la préparation des infrastructures, l’organisation logistique et la gestion de l’événement entraînent un surcroît d’activité significatif dans de nombreux secteurs, mobilisant des milliers de travailleurs sur une période définie.

Ces créations d’emplois répondent d’abord à une nécessité opérationnelle. Elles constituent toutefois aussi, désormais, un objectif affirmé des organisateurs, qui cherchent à faire des Jeux un levier de retombées économiques positives pour les territoires hôtes, afin également de légitimer leur tenue auprès des populations concernées.

Ainsi, les Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 sont associés à une estimation d’environ 35 000 emplois mobilisés dans le cadre de leur organisation, et d’investissements structurants pour le nord de l’Italie permettant son développement à plus long terme via le programme « Impact 2026 » (ex. logements étudiants, plan de développement urbain Milan 2030, développement du réseau ferré et des transports publics, investissements dans les structures sanitaires, etc.) (Olympics). Pour les Jeux d’hiver Alpes 2030, une étude avance déjà un volume proche de 50 000 emplois liés à l’organisation du projet (Asteres).

Que recouvrent ces créations d’emploi ? Quels secteurs et quels publics sont concernés ? Dans quelle mesure ces opportunités peuvent-elles produire un impact durable ? Cet article examine ces questions à travers l’exemple des jeux de Paris 2024, abondamment étudiés en amont et évalués ex-post.

En amont des Jeux et durant la phase évènementielle : un impact multisectoriel

La phase préparatoire concentre une part significative des effets sur l’emploi, en particulier dans la construction et les travaux publics. L’organisation des Jeux suppose en effet la construction ou la rénovation d’équipements sportifs, de villages d’athlètes ainsi que l’adaptation des infrastructures de transport et d’accueil. Pour Paris 2024, selon l’INSEE, près de 27 820 équivalents temps plein (ETP) ont été mobilisés pour la livraison des infrastructures sportives  pérennes, soit près de la moitié des créations d’emploi attribuables à l’organisation des Jeux (INSEE).

Durant la phase évènementielle, de nombreux secteurs sont concernés, avec un recours massif à la main-d’œuvre locale : 76 % des travailleurs mobilisés pour Paris 2024 étaient issus d’Île-de-France.

  • Les activités liées au sport

Selon l’INSEE, le secteur des activités sportives a été le premier contributeur en ETP à l’organisation des Jeux. Coordination de projets, gestion de partenariats et de sponsors, marketing sportif ou logistique des compétitions : les métiers de l’écosystème sportif ont ainsi bénéficié d’une forte visibilité et profité d’une montée en compétences significative. Au-delà des créations nettes d’emplois à court terme, les Jeux contribuent également au renforcement des filières sportives à plus long terme.

  • L’organisation évènementielle : sécurité, logistique, communication

Une étude conjointe du ministère du Travail et des OPCO AFDAS et AKTO estimait à 90 000 le nombre d’emplois nécessaires dans le champ de l’organisation. Parmi eux : 26 000 dans la sécurité, 18 000 dans la restauration sur sites, 13 000 dans la communication et plus de 5 000 dans le transport de marchandises et la logistique (min. Travail, AFDAS, AKTO).

  • Le tourisme et les services associés

Par ailleurs, l’afflux de visiteurs a généré un impact direct sur l’hôtellerie-restauration, le commerce, la propreté, la gestion des déchets et le transport de personnes. Environ 62 000 emplois ont ainsi été mobilisés pour répondre aux besoins, dont près de 30 000 dans la restauration et l’hôtellerie. Il s’agit majoritairement de contrats saisonniers ou de courte durée, même si certains employeurs ont pu saisir cette opportunité pour recruter plus durablement, notamment dans l’hôtellerie-restauration, un secteur structurellement en tension.

Les JO : un levier d’insertion professionnelle ?

Les grands événements internationaux constituent une opportunité pour les publics éloignés de l’emploi, souvent peu qualifiés.

Pour Paris, 2024, la SOLIDEO (Société de livraison des ouvrages olympiques) a ainsi mis en place une charte en faveur de l’emploi visant à favoriser l’accès à l’emploi des publics qui en sont éloignés tels que les jeunes de zones prioritaires, travailleurs en situation de handicap, chômeurs de longue durée, seniors, … La charte visait également à soutenir et aider les jeunes qui habitent la région parisienne et à constituer un héritage durable en termes d’emploi pour les départements franciliens marqués par un chômage élevé. Des objectifs notamment intégrés au programme « Emploi JOP 93 », qui a permis à 4000 personnes de participer à la construction du Village des Athlètes, du Village des médias ou du Centre Aquatique Olympique (Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan).

Selon les premières données communiquées par la SOLIDEO, quelques mois après les JOP de Paris 2024, le taux de maintien en emploi des personnes bénéficiaires du dispositif avoisinerait les 70% (ministère des Sports).

En effet, de nombreux secteurs concernés par les Jeux proposent des postes accessibles avec peu ou pas de qualification initiale, via des formations courtes ou adaptées au contexte de l’évènement :

  • Dans la sécurité, le recours à des certifications comme le SSIAP 1 ou à des titres professionnels peut être mobilisé afin de permettre une montée en compétences rapide.
  • Dans les secteurs de la propreté et de la gestion des déchets, les dispositifs de VAE, les CQP de branche, les titres à finalité professionnelle, ainsi que les préparations opérationnelles à l’emploi (POE) facilitent l’accès à l’emploi. Des mobilités peuvent également être organisées entre métiers d’agent de nettoyage urbain, d’agent de propreté ou de gestionnaire de déchets.
  • Dans la logistique, les besoins portent à la fois sur des opérateurs peu qualifiés et sur des conducteurs de véhicules. Les contrats de professionnalisation et les POEC peuvent notamment être mobilisées afin de répondre rapidement au besoin en emploi, en plus du recours à l’alternance et à l’intérim. Certaines formations courtes (CAP, BEP) jouent également un rôle facilitant pour entrer dans le secteur.
  • Dans l’hôtellerie-restauration, des formations courtes peuvent être mises en place directement par les employeurs, parfois complétées par des compétences spécifiques, notamment linguistiques, indispensables dans un contexte international.

Ces dispositifs témoignent d’une réelle volonté d’insertion. Néanmoins, les initiatives tendent à ne dépasser que rarement le cadre strict de l’événement. La transformation d’un contrat court en trajectoire professionnelle consolidée reste ainsi un enjeu majeur.

Anticiper pour répondre aux besoins et construire un impact durable

Deux défis se dessinent ainsi pour l’organisation des futurs Jeux Olympiques & Paralympiques, y compris ceux qui se tiendront dans les Alpes françaises en 2030 :

Le premier est celui de l’anticipation : les études montrent qu’identifier en amont les secteurs concernés, leurs besoins en emploi et compétences, qu’informer suffisamment tôt les acteurs de l’emploi et de la formation, et que structurer des filières professionnelles en réseau constituent des conditions essentielles pour sécuriser la livraison des infrastructures et la bonne tenue de l’événement. Certains secteurs, comme la sécurité, connaissent des tensions de recrutement pouvant perdurer jusqu’à l’approche des Jeux (Baromètre KYU de l’emploi pour les JOP 2024).

Le second défi est celui de l’impact à moyen et long terme. Si les prochaines échéances olympiques & paralympiques veulent répondre à l’objectif d’héritage économique et social, l’insertion professionnelle durable dans l’emploi constitue un enjeu central. D’une part pour les publics éloignés de l’emploi. D’autre part, pour les branches confrontées à des enjeux d’attractivité, de fidélisation et de structuration des filières métiers comme les activités créatives, artistiques et de spectacle.

À ce titre, plusieurs solutions existent :

  • Premièrement, construire de véritables parcours professionnels entre les grands évènements pour les filières concernées par ces pics d’activité (évènementiel, tourisme, BTP, …). Il s’agit de dépasser la logique du contrat court en organisant, en amont, des passerelles entre métiers et entre filières. Cela suppose de favoriser à la fois mobilités horizontales (par exemple entre métiers proches) et verticales (montée en compétences, accès à des postes à responsabilité). À ce titre, un travail structuré avec les branches professionnelles permettra de soutenir la progression des professionnels mobilisés lors des JO en favorisant le développement et la reconnaissance de leurs compétences et en sécurisant leur futur parcours : passage de CCP, VAE facilitée, …
  • Parallèlement, la construction de ces parcours professionnels impliquerait également de structurer un réseau (territorial) d’acteurs dédiés aux enjeux emplois-compétences lors de ces grands évènements sportifs (organisateurs, collectivités territoriales, branches professionnelles, OPCO, organismes de formation, …). Cette coordination gagnerait également à s’inscrire dans les documents structurants des politiques publiques locales (SRDEII, stratégies régionales emploi-formation, contrats de ville, …) afin d’articuler les besoins conjoncturels liés aux Jeux avec les priorités territoriales existantes. De cette manière, les acteurs pourront soutenir le développement de filières durables et inclusives dans la durée.
  • Constituer un véritable réseau d’acteurs dédiés pouvant traiter des questions emplois-compétences lors de l’organisation et l’accueil de grands évènements sportifs. La constitution d’un réseau va de pair avec l’information anticipée des opportunités d’emplois offertes par ces évènements auprès des acteurs de l’emploi et de la formation afin d’organiser au mieux les parcours de recrutement. La coordination stratégique et opérationnelle est à ce niveau une condition clef de réussite.
  • Enfin, il s’agit d’intégrer, dans les cahiers des charges, des objectifs clairs et ambitieux en matière d’emploi, d’insertion et de compétences, y compris au-delà des seuls volets directement liés à l’organisation des épreuves sportives et à l’accueil des délégations. La signature de chartes, telles que la Charte SOLIDEO ou la Charte sociale de Paris 2024, peut constituer un levier complémentaire au cahier des charges. Toutefois, ces chartes se limitent généralement au fait de “favoriser” ou “encourager” l’accès à l’emploi des publics éloignés, leur portée demeurant À l’avenir, ces engagements pourraient être renforcés en conditionnant, par exemple, l’accès aux marchés publics au respect d’obligations en matière d’emploi durable (clauses de poursuite de contrat, priorités d’embauche sur des projets post-JO, dispositifs de suivi des parcours, etc.).

Transformer un pic d’activité en dynamique territoriale suppose d’aller au-delà de la mobilisation ponctuelle de main-d’œuvre. Il s’agit de consolider les parcours, de favoriser les passerelles entre métiers et d’inscrire les investissements dans une stratégie de développement économique cohérente à moyen et long terme.

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